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D'après Anton Vos (1) – « Le Temps » (2) Publié mardi 30/03/2004 –

 




L'ancêtre de l'homme moderne s'est démarqué de ses cousins les grands singes en Afrique orientale il y a 2,4 millions d'années après avoir subi une très légère mutation génétique altérant le développement des muscles de la mastication. Moins puissants, atrophiés, ces derniers ont permis à l'ossature sur laquelle ils s'accrochent de se développer davantage. Résultat : par rapport au chimpanzé ou au gorille, l'être humain a moins de force dans ses mâchoires, mais son crâne a gonflé comme une baudruche, laissant au cerveau toute latitude de se développer. Ce scénario ne fait pas encore l'unanimité dans la communauté scientifique – il en faudra beaucoup plus pour convaincre les spécialistes de l'évolution et de la sélection naturelle. Mais il illustre néanmoins l'hypothèse audacieuse et séduisante qui émerge d'un article paru dans la revue Nature du 25 mars 2004.

En analysant le génome humain, l’équipe du chercheur américain Hansell H. Stedman de l’université de Pennsylvanie a identifié un nouveau membre d'une famille de gènes codant pour les « chaînes lourdes de la myosine » (MYH). Ces protéines sont importantes dans la composition des sarcomères, eux-mêmes responsables de la contraction des muscles. Il existe plusieurs types de MYH, chacun étant spécialisé dans un type d'efforts et produit dans des muscles qui lui sont spécifiques. L'altération ou l'absence de l'un d'entre eux entraîne une chute considérable de la taille du muscle concerné.

Le gène découvert par les chercheurs, le MYH16, est exprimé dans les muscles de la mâchoire, aussi bien chez l'homme que chez les singes. La différence, c'est que la version humaine présente une mutation qui empêche que la protéine correspondante ne s'accumule dans les fibres musculaires. Cette particularité pourrait être à l'origine d'une diminution de la puissance des mâchoires par rapport aux singes qui, eux, ont conservé une copie intacte du gène. Les chercheurs ont estimé la date à laquelle cette mutation est intervenue : elle remonterait à 2,4 millions d'années, c'est-à-dire juste avant l'apparition dans les archives fossiles des premiers crânes « modernes ».

1)Anton Vos est journaliste scientifique et physicien de formation. Il a codirigé la rubrique «Sciences» du quotidien «Le Temps» entre 1998 et 2004 et travaille actuellement pour le magazine «Campus» de l'Université de Genève.

2)Media généraliste Suisse.

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